23/08/2007

Les maîtres du lancement

foner
Le terme "balérare" signifie littéralement "maître du lancement" dans l'ancien phénicien.
Dans cette langue,  le verbe lancer était « yaroh » et le mot « ba’lé » voulait dire « maîtres de », En unissant les deux concepts on obtient le mot  « ba’lé yaroh » qui, au pluriel, signifiait « les maîtres du lancement » et sa prononciation était un phonème très semblable à « baléare ».

Son origine vient de la fronde, cet outil né pendant le paléolithique quand l’homme apprit à entrelacer et à tisser. Au début, la fronde était sûrement une arme de défense jusqu’au moment où l’homme se rendit compte qu’elle pouvait être aussi un excellent outil de chasse.

La fronde a eu un rôle très remarquable dans l’histoire des Iles Baléares. Il serait impensable de pénétrer dans la mémoire des Iles Baléares sans faire référence aux foners balears (frondeurs baléares).

La façon de manier la fronde semble ne pas avoir changé depuis son invention jusqu’à nos jours. Le projectile se place dans un réceptacle (normalement en forme de poche longitudinale située au centre). Ensuite, on joint les deux extrêmes de la corde que l’on tient avec la main droite. Puis, tout en prenant la poche avec le projectile de la main gauche et la maintenant à la hauteur des yeux, on tend la fronde en visant l’objectif pour ainsi pouvoir centrer sa direction. A continuation, la main droite donne au projectile un mouvement rapide de rotation au dessus de la tête (généralement on fait 3 tours) et elle lâche un des deux extrêmes de la fronde pour que le projectile s’échappe et soit ainsi pousser par la force centrifuge.

Depuis leur plus jeune âge les habitants de l’île étaient initiés au maniement de la fronde pour lequel on les obligeait continuellement à se perfectionner. Les mères pendaient la nourriture à une branche et les enfants ne pouvaient manger que si ils arrivaient à la faire tomber d’un tir juste !

Reprenant le fil sur l’origine du nom des Iles Baléares, certains auteurs disent qu’il viendrait des romains. Mais si nous écoutons Plinius et d’autres auteurs classiques, le mot Baléares comme « île des frondeurs » existait déjà bien avant l’arrivée des romains. Aussi bien Diodore que Servio, comme d’autres anciens historiens, affirmaient que le mot « Balear » venait du verbe grec ballein qui signifie : lancer. L'étymologie semble donc évidente surtout connaissant l’habilité spécifique des habitants de l’archipel. Et, de plus, il est étrange de remarquer que quand les grecs et, plus tard, les romains arrivèrent sur les îles, ses habitants s’appelaient déjà eux-mêmes baléares, c’est-à-dire frondeurs.

Les grecs appelèrent les îles de Mallorque et Minorque Gymnesias, l’île d’Ibiza Pitiusa et l’île de Formentera Offusa Si  les deux dernières signifient respectivement « île des pins » et « île des serpents », Gymnesias veut dire « île des frondeurs » ; en Grèce les Gimnetas étaient les soldats de l’infanterie auxquelles troupes appartenaient les frondeurs. Hesiquios d’Alexandrie (s.VI), dans son dictionnaire, donne cette définition du mot Gimneta : « un gimneta est celui qui ne porte pas d’armes, soit parce qu’il est un frondeur, soit parce qu’il lutte nu.

La formidable adresse des frondeurs des îles a été largement louée et admirée par de grands historiens aussi bien grecs que romains. Leur grand courage au combat et leur spectaculaire habilité les ont rendu célèbres tout autour de la méditerranée. Ils participèrent à la guerre greco-punique comme mercenaires pour les phéniciens, ayant été décisif leur rôle pendant la guerre de Sicile contre l’empire grec. Une fois fini le litige greco-punique sur le sol sicilien, commença alors la rivalité entre Carthage et Rome. Les relations entre les deux empires furent cordiales jusqu’à ce que Rome devienne une puissance navale et commerciale, étendant son influence au-delà de la péninsule italique. Il ne fallu pas très longtemps pour que Rome pénètre sur les territoires carthaginois de Sicile provoquant ainsi les logiques frictions de caractère économique et politique entre les deux. Ceci aboutit à la première guerre punique dans les eaux de la mer Tyrrhénienne.

Les romains, connaissant le passé guerrier des baléares, ont continué à réclamer leurs services pour leur infanterie légère. On remarquera que Jules César, pendant les guerres de la Gaule, amena, parmi ses troupes, des frondeurs baléares .

Les frondeurs baléares luttèrent comme mercenaires durant les deux premières guerres puniques (mais pas pendant la troisième). Ils le firent au côté d’Hamilcar Barca, sous les ordres de son gendre Hasdrubal mais aussi, plus tard, lors du grand exploit de son fils Hannibal qui, repoussant la grande armée romaine de la péninsule hispanique, a réussi à l’acculer au plus profond de son propre empire.

Le rôle que jouaient les frondeurs sur le champ de bataille consistait à commencer le combat en même temps que les archers. Avec leur terrible coup de corde, ils étaient capables de mettre en pièces les boucliers et les armures, leurs projectiles arrivant plus loin et avec plus de précision que les flèches des archers. Les projectiles utilisés étaient de toutes sortes : depuis des pierres de jusqu’à un demi- kilo (parfois ils en lançaient même deux) jusqu’à des petites balles de métal de forme ovoïde au centre desquelles ils avaient l’habitude de graver des prières. Ces gravures pouvaient être des éloges au général que dirigeait la troupe ou bien elles pouvaient porter des injures contre les ennemis ou encore elles pouvaient faire référence à n’importe lequel des leurs dieux.

Jamais ils n’acceptèrent en contrepartie de l’argent ou des objets de valeur car, sur leur île, ils étaient convaincus que l’argent n’amenait que des complications et des problèmes. Pour leurs services, ils furent toujours payés en espèces. Ils échangeaient leur courage et leur habilité pour des marchandises qui manquaient sur l’île et auxquelles ils tenaient beaucoup tel que l’huile, le vin et surtout les femmes pour lesquelles, semble-t-il, ils avaient une véritable dévotion.  Les historiens racontent que, quand les pirates prenaient des otages durant leurs incursions, les habitants de l’île acceptaient l’échange de trois hommes pour chaque femme enlevée.

Pendant plus de deux cents ans les Baléares ont contribué aux victoires des carthaginois. La défaite de Zama mit fin au glorieux chapitre de l’épopée des frondeurs baléares. Ils ne participèrent pas pendant la troisième guerre punique (151-146 av.J.C) et ils furent toujours absents de toute campagne de guerre jusqu’à l’arrivée à Majorque du Consul romain Quintus Cecilius Metelus qui fit la conquête des Iles Baléares en 123 av.J.C.

Il semble que les anciens historiens se sont mis d’accord sur la motivation de Rome pour conquérir les Iles : il fallait en finir avec la piraterie de la Méditerranée dont une de ses principales bases se trouvait sur les îles Baléares.

Pour pouvoir pénétrer dans l’île ils durent « inventer » le premier bateau cuirassé de l’histoire en recouvrant de cuir leurs vaisseaux puisque les frondeurs étaient capables de les couler en lançant les pierres à la ligne même de flottation. Deux ans plus tard Cecilius Metelus mit enfin les îles sous sa domination.  A chacune des deux extrémités de l’île de Majorque, il fonda les villes de Palmaria et Pollentia transformant cette dernière, vu qu’elle faisait face à Rome, en capitale. Les baléares de l’époque romaine n’étaient plus les habitants sauvages qui, des siècles avant, habitaient dans des « tas de pierres » (villages talayotiques). Leur intégration fut telle que, selon l’historien Strabon, les îliens inventèrent la toge prétexte qui sera destinée à être la tenue de gala des habitants de Rome et le symbole de leur citoyenneté.

Cette guerre fut une des dernières prouesses des frondeurs baléares décrites dans l’histoire. L’épopée des frondeurs baléares, devenus gimnetas, avait été documentée pendant plus de quatre cents ans. Mais, sûrement, elle continua pendant un certain temps. Puis les îles se remplirent d’oliviers et de vignes donnant ainsi naissance au commerce du vin, lequel fut très réputé pour sa bonne qualité, au commerce du blé, de figues sèches, de bétail et surtout au commerce du pourpre (produit extrait du murex, un mollusque abondant dans les îles). Les villes de Pollentia et Palma furent habitées par des citoyens romains de plein droit et leurs administrations furent organisées. Pour la première fois il y eut des écoles. La vie changea et de nouvelles occupations et de nouvelles fonctions attirèrent l’attention des baléares, qui peu à peu laissèrent de côté la fronde qui, transformée en instrument de jeu d’adresse ou en outil de bergers, est arrivée jusqu’à nos jours grâce à eux.

Actuellement, on a récupéré l’art du maniement de la fronde. La Fédération Baléare du Tir à la Fronde a obtenue à ce qu’il devienne une modalité athlétique pourvue de ses propres règles sportives.

La Fédération a été crée à moitié des années quatre-vingt. Son fondateur, Biel Frontera, eut une vision dans un rêve, un foner (frondeur en majorquin) se présenta à lui et lui montra son indignation et son inquiétude pour l’ignorance, sur toutes les îles, de la fronde qui était tombée dans le trou noir de l’oubli. Personne maintenant ne se souvenait de la fronde ni des frondeurs, leurs prouesses étaient pratiquement oubliées. Grâce à ce rêve, Biel Frontera commença à chercher d’autres personnes qui pourraient l’aider à récupérer cet instrument ainsi qu’à retrouver la mémoire des anciens foners (frondeurs).

Le groupe s’agrandit et s’y adhérèrent des personnes liées à d’autres sports ainsi que des arbitres de différentes spécialités sportives. Entre tous, ils profilèrent l’actuel sport de la fona (fronde), Une fois définie toute la réglementation que les sportifs devaient respecter, ils firent un Calendrier Annuel du Tir, faisant ainsi un pas définitif  pour sa consolidation.

Actuellement ce sport a fortement pris racines sur ces îles. Chaque jour, il y a de plus en plus d’écoles qui l’incluent parmi les sports à enseigner et à pratiquer et le Calendrier Annuel du Tir voit augmenter chaque fois un peu plus son nombre de compétitions. Il semble donc que le rêve de Biel Frontera s’est fait réalité, que le foner (frondeur), qui lui apparut dans ce rêve, pourra se reposer tranquillement pour toute l’éternité et que le peuple baléare a récupéré une partie très importante de son histoire  tout en ayant appris à s’amuser  grâce au sport du tir à la fronde.

Article basé sur le livre « ELS FONERS BALEARS » (Les frondeurs baléares),

Auteur : Joan Nadal Cañellas

Traduction: Marie-Claire Castéla

J'expliquerai dans un prochain post comment fabriquer une fronde.

Commentaires

Bonjour!je pe vous aporter mon expérience a la fronde si vous le voulez je tire tous les jours et jadore cette arme!merci et aurevoir

Écrit par : jorick | 30/08/2007

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